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papy Xelias

1月23日

On déménage

Et oui, ici, c'est fini ! Mais ça recommence ailleurs : http://xelias67.canalblog.com/ (j'en avais assez de mettre des petits points pour aller à la ligne)
1月17日

Les séries télévisées : typologie du thriller épique

Avertissement : je ne connais pas toutes les séries télé, je n'ai vu que quelques épisodes de Lost et j'ai complètement zappé 24h... Tant pis, ce n'est qu'un blog aprËs tout, pas une revue universitaire. Je m'appuierai sur 3 séries : - la plus connue : Prison Break (il y a de tout sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Prison_Break) - Monster, un manga "sheinen" (pour adulte). (oui, vraiment tout : http://fr.wikipedia.org/wiki/Monster_(manga) - Death Note, autre manga japonais dont la BD va sortir mi-janvier en France et dont j'ai pu voir les premiers Èpisodes en "anime" sur internet (http://fr.wikipedia.org/wiki/Death_Note) .................................................................................................... Un des critères pour différencier les différents types de séries, c'est le lien entre chaque épisode. Dans les Simpsons, le temps semble s'être arrêté et, à quelques détails près, les épisodes sont totalement indépendants. Dans les Experts, chaque épisode tourne autour d'une nouvelle enquête mais les relations entre les personnages évoluent en arrière-plan - de manière suffisamment lâche, cependant, pour que TF1 s'estime autorisé à les diffuser dans le désordre : http://www.allocine.fr/communaute/forum/message_gen_nofil=460634&cfilm=&refpersonne=&carticle=&refserie=82.html) ................................................................................................. Des séries comme Prison Break sont nettement plus linéaires. Non seulement l'idée ne viendrait à personne de regarder les épisodes dans le désordre mais en plus, la tension est telle que, pour ceux qui sont pris par la série, l'attente d'un nouvel épisode est presque insupportable. Les séries de l'an 2000 renouent avec les bons vieux feuilletons linéaires de la fin du siècle dernier (Rocambole, de Ponson du Terrail : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ponson_du_Terrail) où le "à suivre..." survenait au moment où le héros se trouvait dans le plus grand des dangers. Et le lecteur ne pouvait faire autrement qu'acheter le prochain numéro. .......................................................................................................... Je n'ai aucune preuve de ce que je vais avancer mais, pour l'avoir vécu, je suis quasiment sûr que ce genre de série déclenche en nous des réactions physiologiques ou psychologiques qui sont tout sauf esthétiques. Les auteurs maîtrisent l'art de raconter une histoire et, surtout, celui de jouer avec les nerfs du spectateurs, de manipuler son attention. La réaction classique est le "j'arrête à la fin de cet épisode" suivi de l'inévitable "bon, allez, encore un". On ne regarde plus la série comme un beau film qui nous procure de belles émotions mais comme un fournisseur de tension auquel nous devenons accroc. Toutes proportions gardées, c'est comme la différence entre un gâteau et un "space cake" (gâteau au cannabis) : le plaisir que nous cherchons et que nous éprouvons avec un "space cake" n'a plus grand chose à voir avec la gastronomie, ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui sont sollicitées. Il y a un phénomène de dépendance et de manque (toute proportion gardée, évidemment). Peu importe, finalement, si la série est bonne ou pas d'un point de vue esthétique. ........................................................................................................... Je suppose qu'il doit déjà exister des manuels ou des études sur les procédés récurrents de la série de type "thriller" : ................................................................................................. - d'abord, trouver une situation forte, originale et simple : "les rescapés d'un crash se retrouvent sur une île déserte : et si ce n'était pas un hasard ?" - "Un homme décide de se faire volontairement emprisonné pour sauver son frère injustement condamné à mort" - "un chirurgien qui a consacré sa vie à sauver ses patients recherche un monstre qu'il a autrefois sauvé - mais pour le tuer." - "un jeune étudiant acquiert le pouvoir de tuer à distance. Entre lui et un détective hors-pair lancé à sa poursuite, le dual s'annonce serré." Peu importe si le point de départ est fantastique ou invraisemblable, le spectateur peut tout accepter si le récit est cohérent et rondement mené. ...................................................................................................... - les héros doivent viser un objectif précis, ils doivent avoir une quête, et toute l'intrigue portera sur les difficultés pour y parvenir. Mais Lost repose plutôt sur une situation mystérieuse à éclaircir : le principe est un peu différent. ............................................................................................................ - les procédés pour faire monter la tension se réduisent à quelques types récurrents. J'en ai trouve trois : l'obstacle, le danger et la révélation. Dans Prison break, ces procédés ont été séparés : les obstacles se multiplient pour ceux qui veulent sortir de la prison tandis que les dangers et les révélations sont assumés surtout par les personnages à l'extérieur (sans que ce soit systématique). Dans Monster, c'est le même personnage qui poursuit obstinément son but (obstacles), qui doit échapper à la police et aux criminels (danger) et qui, à chaque étape de son périple, en découvre un peu plus sur l'ampleur de la situation où il s'est plongé (révélations). Dans Death Note, la situation est presque symétrique entre l'étudiant et le détective. L'étudiant a un but (débarasser la terre de tous les criminels), est en danger (le détective le pousse à faire des faux-pas) mais il a cet avantage de connaître l'envers de la situation puisqu'il est le dépositaire du pouvoir de tuer à distance. A l'opposé le détective n'est pas directement en danger tant que l'étudiant ne connaît pas son vrai nom mais il a un but (démasquer le criminel) et découvre, progressivement, la nature du pouvoir du criminel. ...................................................................................................... Bref, le thriller ressemble assez à une mécanique abstraite, à un système aux éléments récurrents mais dont la configuration change à chaque fois. .......................................................................................................... Mais que vient faire l'épique dans tout ça ? ............................................................................................................ Cette impression m'est venue à la vision de Monster. La structure du récit m'a rappelé de vagues souvenirs sur la manière dont les Aèdes, ces poètes itinérants de l'antiquité, composaient leurs épopées en développant tel ou tel personnage secondaire avant de revenir à la trame principale. Les grands récits épiques sont souvent des agrégats de plusieurs épopées plus courtes ou de plusieurs mythologies combinées. Et c'est un peu ainsi que m'est apparu Monster. ................................................................................................................ Les premiers épisodes sont bien sûr consacré à l'exposé de la situation initiale mais ensuite, une fois la quête lancée, on a parfois plusieurs épisodes consacrés à un personnage inconnu - qui pourrait très bien être le héros d'une série à lui tout seul - avant qu'il ne rejoigne l'intrigue principale. Ou alors un personnage secondaire prend plus d'importance qu'on ne l'aurait cru et réapparaît bien après sa première apparition. Le récit fonctionne ainsi en spirale : avec de nombreux détours, des pauses, des accélérations, des digressions - mais qui finissent toujours par converger vers la quête principale. On aboutit alors à une dimension épique - mythique même puisque, inscrits dans cette structure forte, le héros principal, les héros secondaires, les méchants... tous acquièrent une dimension qui dépasse leur existence anecdotique. C'est peut-être parce que j'intellectualise tout ce que j'apprécie mais, en regardant Monster, dans son rythme, dans sa structure, j'y voyais une dimension presque sacrée. ...................................................................................................... J'ai pu parler d'intrigue linéaire pour évoquer ce qui relie chaque épisode au suivant ainsi que l'orientation générale de la série d'un point A au point B (l'accomplissement de la quête). mais tout l'intérêt de la série est de casser, de jouer avec cette linéarité : par la multiplication des obstacles, par les digressions, les flash-back, les intrigues secondaires et aussi les changements de rythmes (ellipses, accélérations, suspenses...) ...................................................................................................... Pour en revenir à cette dimension mythologique (à ce "décor mythologique" pour reprendre le titre d'un livre que j'ai lu il y a longtemps). L'intérêt de Monster par rapport à d'autres séries que j'ai pu voir ou lire vient de ce que ce n'est pas qu'un exercice de style, qu'une mécanique vide. Monster commence comme un thriller classique et efficace - à la fois policier et moral (a-t-on le droit de tuer un Monstre ?). Puis l'intrigue s'étoffe en intégrant l'histoire de l'Allemagne avant et après l'ère soviétique. Et enfin, sans abandonner ni l'efficacité du récit ni l'importance du contexte historique, Monster devient une sorte de conte d'horreur métaphysique et psychologique - notamment par la référence, à l'intérieur de l'intrigue, à un conte pour enfant dont toute la série pourrait être une réécriture moderne. ............................................................................................... En comparaison, Death Note est un peu plus gratuit puisqu'il faut accepter un certain nombre de postulats peu réalistes : l'existence du surnaturel, la très grande intelligence du héros, le très jeune âge du détective... Les motivations sont un peu trop visibles par rapport à la vraisemblance de l'ensemble. Mais cela est compensé par l'ancrage mythique du récit, nettement plus visible : l'ennui des Dieux qui décident de jouer avec les humains, le rêve de maîtriser la vie et la mort de ses semblables, le péché d'orgueil qui pousse l'homme à se prendre pour Dieu, la proximité du phantasme de justice absolue avec celui de la Terreur et du Mal absolu. ................................................................................................ Des trois, c'est Prison Break qui me paraît la série la plus pauvre (peut-être parce que télévisée ? américaine ?). Certes elle relève de l'épique (dans la structure, les personnages, les récits parallèles, le mélange du passé et du présent, la simplicité presque biblique du récit). Mais cette intrigue est aussi celle qui, hors de l'excitation qu'elle provoque sur les nerfs, nourrit le moins l'âme du spectateur. Celle dont l'efficacité (parfois relative)du récit ne se double d'aucune dimension mythologique ou philosophique forte.

Si vous aimez le cinéma...

... que vous avez le sens de l'humour et qu'un peu de lecture ne vous fait pas peur, cliquez ici : http://venividivinci.canalblog.com/ ...
1月16日

Quelques contradictions (3)

3. Votons Bayrou ! ................................................................................................ - Je suis allé lire les propositions de Bayrou sur l'homoparentalité et le mariage entre gay ici (http://www.bayrou-francois.org/) et ma foi, pour un centriste de culture catholique (de foi aussi je crois?), il s'en tire plutôt bien : une union civile avec des droits équivalents à ceux du mariage - mais en gardant le mariage pour les couples hétérosexuels; le droit à l'adoption aux couple gay comme aux célibataires mais sans principe de filiation. J'imagine que les militants vont crier à la discrimination, à la relégation au rang de citoyens de seconde zone, voire à l'homophobie. Si je comprends bien, les militants veulent une société "asexuée" dans la mesure où non seulement les homosexuels sont reconnus et acceptés mais où en plus leur sexualité n'est plus vue comme minoritaire. La distinction même entre homme et femme ne serait plus reconnue par l'Etat - je crois (en ôtant toute référence au sexe dans les cartes d'identité). Hum ! Je ne sais pas si je tiens particulièrement à l'indication de mon sexe sur ma carte d'identité, je ne sais pas si c'est vraiment important (c'est un problème qui vaut surtout pour les transexuels) mais il y a beaucoup de sous-entendus dans ces demandes : ........................................................................................................ - le mariage gay, ce n'est pas le simple ajustement d'une loi à une situation imprévue, c'est aussi une réforme complète de la société. On passe des reste d'une société avec des valeurs, une tradition, une identité, à une société permissive, sans valeur (la seule valeur commune est celle des droits : droits de l'homme, droit à la différence, etc.). Je ne dis pas que c'est une mauvaise chose : en tant qu'homosexuel, je suis bien placé pour critiquer certaines valeurs traditionnelles. Mais c'est plus qu'une simple évidence. ........................................................................................................... - si j'ai bien suivi (mais je ne suis pas un spécialiste), les militants gay sont passés d'une attitude "nous ne voulons pas de votre société" à une attitude : "nous voulons de votre société". La lutte pour le mariage gay permet certes de casser l'hétérocentrisme de nos sociétés, en revanche elle consacre le couple monogame sur longue durée comme le mode de vie le plus socialement valorisé. L'homosexualité était un "destin" qui permettait de remettre en question la société, de la faire vaciller, de prendre du recul par rapport au modèle. Elle devient une simple "option" sans influence majeure sur notre mode de vie ou notre mode de pensée. Je ne dis pas que c'est une forcément une mauvaise chose, ça peut diminuer le nombre de suicides, de complexes, etc. . Mais cela demande réflexion. ..................................................................................................... - si j'ai une sympathie pour les idées centristes, c'est peut-être - paradoxalement ! - en raison de mon fond anarchiste. Par fond anarchiste, je veux dire que je ne crois pas en l'Etat, ni en l'Autorité, ni en la Propriété. Ces notions - et beaucoup d'autres - sont des fictions : ce sont des valeurs qui ont été inventées, façonnées par l'homme pour structurer la société. Je ne veux pas non plus faire la révolution : ce sont des notions qui peuvent avoir leur utilité, leur fonction, mais je n'y crois pas au sens où la Droite y croit. Elles n'ont rien de sacré. Dit autrement, je n'ai pas besoin de la reconnaissance de l'Etat pour vivre avec la personne que j'aime. Une union civile m'intéresserait pour les avantages fiscaux ou autre que ça procurerait, mais un "mariage" ? Je le laisse aux hétéro : je comprends que la lutte pour le mariage gay est un moyen pour faire comprendre à la population qu'être homo n'est pas une infamie. Mais lutter pour une mesure que je trouve politiquement désuète au nom d'une autre lutte, c'est un peu trop tordu pour moi. Je serais plutôt pour la promotion des unions civiles, des couples libres, de la bisexualité... ........................................................................................... Mais il y a aussi des homos "de base" pour qui le mariage n'est pas un moyen stratégique mais effectivement un idéal de vie. Serait-ce juste pour ce mot, "mariage" ? Les pro-mariage gay ont-ils tant besoin de l'Etat pour vivre pleinement leur union ? Ne peut-on pas faire de grand repas de famille sans que l'Etat ne vienne mettre son nez là-dedans ? (Il le ferait déjà suffisamment dans le cadre d'une union civile). Est-ce la notion de "sacré" qui subsiste dans le mariage qui séduit tant que ça ? On dit souvent - sur le ton de la blague - que les militants pro-mariage sont les alliées objectifs de l'Eglise et que bientôt il n'y aura plus que les homo et les curés pour vouloir se marier. C'est une blague, certes, mais je m'interroge beaucoup sur cette notion de mariage.
1月12日

un peu de contradiction (2)

2.Vive la mauvaise foi ! ....................................................................................................... J'ai aussi lu quelque part là (http://www.communautarisme.net/index.php?action=article&numero=321) que les slogans les plus durs des manifs anti-pacs, soi-disants clamés en choeur, auraient été le fait d'une minorité, en marge du cortège. Or les militants pro-Pacs et pro-mariage gay ont largement médiatisés ces slogans pour dénoncer l'homophobie de la société. (Un phénomène similaire aurait eu lieu à propos d'un agression "homophobe" à Marseille en 2004, en réalité minime (quelques gifles plus dues à une question d'exhibitionnisme qu'à de l'homosexualité), et qui aurait été gonflée par des associations gay. Je ne sais pas si c'est vrai, je n'y étais pas. Je sais pas non plus si je dois faire plus confiance à l'Observatoire du Communautarisme ou aux militants gay : lequel de ces deux parties a la plus mauvaise foi ? Lequel de ces deux clans a le plus tendance à faire feu de tout bois pour étayer son point de vue ? Je ne sais pas. Mais l'utilisation par les militants de ce qui se passait à l'arrière de la manifestation pour dénoncer l'opposition au Pacs comme le premier pas vers le retour aux pires heures du XXè siècle, cette attitude-là me semble tout à fait vraisemblable. On va me dire que c'est de bonne guerre, que ces slogans révèlent ce qui se cachait derrière les slogans plus neutres de devant du cortège... Hum ! La fin justifie-t-elle le travestissement de la vérité ? Au nom d'une vérité générale (la France serait homophobe et, en puissance, fasciste), peut-on réinterpréter lestement la réalité ? Je ne sais pas laquelle des deux attitudes (refuser aux homosexuels le droit de s'unir devant la loi ; terroriser son adversaire en l'accusant de la rage) rappelle le plus les sombres heures de l'histoire. ........................................................................................... Certes ces slogans ont été proférés. Certes, à l'occasion du mariage de Bègles, d'innombrables (et immondes) lettres d'injures ont été envoyées. Mais justement, ce doit être suffisant pour ne pas avoir à en rajouter. L'injure à la vérité est pour moi plus grave qu'une injure anonyme ou proférée dans une manifestation. Ne pas injurier la vérité, ça veut aussi dire accepter que la vérité nous contredise. Accepter que l'adversaire peut avoir raison. Etre un ami de la vérité, surtout, c'est ne pas diaboliser son adversaire. J'en décevrais peut-être certain mais le Diable n'existe pas, pas plus que le Père Noël. (sous-entendu : Christine Boutin n'est pas le Diable, ni Nicolas Sarckosy, ni le grand patronat...) Le Mal n'existe pas, pas plus que le Bien - en tout cas pas sous les formes morales et réductrices qu'on suggère généralement. Plus on s'intéresse objectivement à une affaire, plus les évidences morales deviennent floues. ....................................................................................................... J'ai l'impression de dire des banalités mais elles ne le sont pas tant que ça (banales). Etre un militant engagé et être un ami rigoureux et honnête de la vérité sont deux états souvent difficilement conciliables. Etre un militant engagé peut entraîner la mauvaise foi ou l'aveuglement au nom d'un idéal. Mais chercher à être scrupuleusement objectif peut aussi s'avérer un moyen de ne pas agir tout en conservant une pureté morale à peu de frais... .........................................................................
1月11日

Un peu de contradiction (1)

"L'homophobie tue", et la censure ?.................................................................................................... J'ai trouvé ici (http://www.actupparis.org/article2704.html) un petit "florilège" de considérations présentant l'homosexualité sous un jour assez négatif (sans précision d'ouvrage ni de date...). Et ce florilège se conclut par un "l'homophobie tue" aussi lapidaire qu'éloquent. Hum ! Je ne suis pas sûr que les agresseurs homophobes, quels qu'ils soient, aient jamais lu Finkelkraut, Baudrillard ou Tony Anatrella. La lutte contre l'homophobie (dans les actes et dans les discours) justifie-t-elle ce genre de mise au pilori - qui sonne comme un appel à la censure (puisque grâce aux lobbying des militants l'homophobie est devenue un délit) ? La position du militant - habitué (entraîné!) à traquer ses adversaires, à les dévoiler, à les attaquer - n'empêche-t-elle pas, au bout du compte, la réflexion ? ................................................................................................ Je suis en train de lire "La transparence du Mal" de Jean Baudrillard où il tient des propos similaires. Il en tient même des pires (sur l'homosexualité, la pauvreté, la guerre, le cancer...) : ce n'est pas qu'il critique l'homosexualité mais il met en relation les phénomènes marquants de notre époque avec une rhétorique et un sens de la provocation qui mettent souvent mal à l'aise. Ce n'est pas vraiment de l'homophobie mais plutôt une grande ironie envers ces humains qui grouillent sur la planète. Il faut accepter cette désinvolture si on veut comprendre son raisonnement. Ce raisonnement, personnellement je le trouve très éclairant. On peut bien sûr ne pas être d'accord, on peut le critiquer, mais de là à le censurer à coup de condamnations-massue... Pour ma part, entre le risque d'homophobie et la liberté d'expression, je choisis la liberté d'expression. Ne faisons pas de l'homosexualité un nouvel "Islam" objet de tous les tabous, de toutes les terreurs et de toutes les censures. Je revendique le droit de critiquer la culture gay sans être taxé d'homophobe. (Combien de gay ont déjà tenu des propos nettement pires sur les "folles" ?)
1月1日

Les bonnes résolutions (de nous deux)

Voici pour les résolutions communes : ............................................................................................. - Vive Nicolas Hulot : nous aussi on veut respecter la Charte Ecologique ! Nous aussi on veut sauver la planète ! Alors on va faire nous-même notre yaourt, notre shampooing et on va manger des oeufs crus et des racines. Euh, plus prosaïquement, on va lire "L'écologie pour les paresseux" que nous a offert Cécile et on verra ce qu'on peut faire. ............................................................................................................... - Vive Jack Lang ! Finies les soirées à glander devant Michel Denisot ou les Simpson sur W9. Désormais, ce sera une sortie culturelle + un ciné par semaine. Les autres soirs, ça sera : travail, lecture et sexe ! ............................................................................................................... - Fuck la famille ! (et les valeurs familiales chères à Christine Boutin et Ségolène Royal) Désormais, si je veux aller voir un film allemand de 1930 au cinéma Odyssée, j'irai, avec ou sans Michel. Et si Michel veut aller voir le dernier film "hype", il ira sans moi. Décollons-nous, déscotchons-nous : soyons un couple libre ! Enfin, pas trop non plus, on se comprend...

Les bonnes résolutions (de moi)

Noter mes résolutions ici m'aidera peut-être à la tenir ? ..................................................................................................... - respecter le dimanche (dans la mesure du possible) : attention, pas de malentendus, Dieu on s'en fout il n'existe pas mais pourquoi ne pas se garder une journée pour ne pas travailer, pour faire autre chose, lire, aller au cinéma, se promener, ne pas aller sur internet, etc. Histoire de ponctuer la semaine, de se rafraîchir un peu l'esprit (pour un intermittent comme moi la distinction entre le travail et les loisirs est toujours difficile) .......................................................................................................................... - faire un peu plus d'exercice. Comme le dit Michel si élégamment : rester baisable sur le marché du sexe au cas où on romprait. Sans aller jusque là, faire plus de vélo et aller à la piscine une fois par semaine ne pourra que me faire du bien. ................................................................................................ - soigner un peu mieux mes relations amicales : penser à téléphoner, à boire un verre, écrire un mail... Ne pas se laisser aller à ne plus regarder que Michel (même s'il le mériterait).

Quelques nouvelles...

Bon, ben voilà, c'est fait, 2007 est là. Et je suis toujours en vie quoi que mes longs silences puissent laisser croire ou espérer. A ma décharge, je réfléchis à une sorte de feuilleton littéraire qui paraîtrait ici-même en épisodes. C'est un peu ambitieux alors ça prend du temps. Voici déjà le titre, pour vous faire (im)patienter : "Plus laide la vie". Tout un programme... ................................................................................................ Le "squatt chic" se porte bien : après des fêtes de Noël passées dans nos familles respectives (quel exploit !), nous avons accueilli pour quelques jours le joyeux Kenny venu des lointaines contrées du centre de la France puis ma bonne amie Cécile, la passionnaria du 9-3. Je crois que ce séjour strasbourgeois leur a fait plaisir autant qu'à moi (Après avoir longtemps bénéficié de l'hospitalité d'amis parisiens, je m'étais juré, en reprenant un appartement à Strasbourg, d'avoir toujours de quoi loger les amis de passage : c'est chose faite grâce au lit-mezzanine-Ikéa-qui-grince-mais-ne-s'effondre-pas : qui a libéré la place pour un petit lit et un petit salon cosy). Les faits marquants de ces quelques jours furent : - la recherche vaine et désespérée d'un fer à repasser ; - La Belle Hélène à l'Opéra (avec ma nouvelle chemise et mon nouveau pull - merci Michel et Kenny !); - la traversée du centre-ville en transportant un immonde matelas orange avec des traces douteuses; - et enfin la sortie au sauna des Bains Municipaux au milieu des vieux notables à la retraite. ..................................................................................Le réveillon, lui, fut très calme : on avait besoin tous les deux de se retrouver un peu après ces quelques jours agités. Frites du kebab d'en face, crémant et saison 2 des Sopranos (merci Michel !) : que rêver de mieux pour fêter dignement la nouvelle année et - incidemment - les déjà 11 mois de notre couple ?
11月23日

Bamako, de Abderrahmane Sissako

Bamako est un film "à voir" (comme on dit) pour cette raison : il utilise l'image de manière différente de la plupart des autres films. Le film n'est pas une histoire romanesque racontée en images (ou illustrée par des images), le rapport entre récit et images (d'ailleurs il n'y a presque pas de récit) est assez original. Dans la salle, avant même la fin du film, je me suis dit que je pourrais essayer d'exprimer l'originalité de ce film autour de deux axes, de deux paradoxes ........................................................................................................... 1. Des mots et des images ................................................................................................................. Bamako est un "film à procès" - à l'américaine pourrait-on dire - sauf que les pôles fiction/réalisme sont inversés. Le décor (la cour d'une maison à Bamako, au Mali), les personnages (interprétés par des acteurs jouant leur propre rôle), les dialogues improvisés : tout cela va dans le sens d'un quasi-documentaire. En revanche le prétexte (le procès du FMI et de la Banque Mondiale par la société civile) est complètement fictif, voire fantasque. Ce paradoxe donne une première tension à un film qui aurait pu n'être absolument pas cinématographique (du genre : la captation d'un procès sur une chaîne parlementaire) . ............................................................................................................................................... La deuxième tension vient des images qui ponctuent, illustrent ou même contredisent le propos du film. On voit un couple se séparer, un policier mener une enquête à une allure de tortue, des femmes teindre des tissus et des badauds ne rien faire sur un banc. Déjà ces images sont très belles par elles-mêmes (de petits moment de poésie). Ensuite elles imposent un rythme assez lent au film et au procès lui-même, obligé de s'interrompre pour laisser passer le cortège d'un mariage par exemple. Enfin, ces scènes interrompent les discours du procès - quand ce ne sont pas les personnages eux-même qui coupent les hauts parleurs... ................................................................................................................... Pour un film qui s'annonçait a priori comme un film à thèse bavard et politique, c'est plutôt paradoxal. Mais justement, nous avons affaire à un film de cinéma : l'engagement politique est là, il génère le dispositif du procès, mais il génère aussi les images, les émotions, le regard sur le monde, sur le temps (à l'inverse des films de procès américains où l'on ne perd pas un mot des discours) .................................................................................................................... 2. Utopie et tragédie ................................................................................................................................ Le propos du film tient donc aussi dans son dispositif : ce procès improbable dans un lieu de la vie quotidienne, ouvert aux allées et venues des habitants, ouvert surtout aux regards publics, c'est une justice utopique. Une sorte d'altermondialisation enfin en acte, la parole redonnée (et entendue) aux victimes de la libéralisation des économies africaines et mise enfin sur le même niveau que celle des représentants des institutions internationales .................................................................................................. Mais le réalisateur est visiblement trop intelligent (trop cinéaste) pour se contenter de cela et cette utopie est travaillée par l'esthétique : beauté des images, digression du western au milieu du film et surtout irruption du tragique avec l'histoire de ce couple qui se conclut par le suicide de l'homme. J'aurais pu dire que cette utopie est travaillée par le pessimisme : la population qui n'attend rien de ce procès, la mort qui conclut le film (et non le rendu du jugement). Mais la notion d'esthétique et de tragique me permet d'inclure dans cet aspect du film ces plans où la femme pleure en chantant dans un cabaret, et cette scène où le vieil homme exprime tout ce qu'il a à dire dans une mélopée d'une langue étrangère (donc non sous-titrée). L'important, c'est l'esthétique qui vient donner une forme à la douleur, la douleur qui devient chant, qui devient rythme, qui devient images et sons ................................................................................................... Dans ce film on aurait pu croire les mots prédominants, mais ils ne font que donner un contenu objectif à une forme qui, elle, est première.
11月16日

Faire-part

J'ai la douleur de vous faire part du décès de mon PC - crucifié par je ne sais quel bug dans la fleur de l'âge. Peut-être assisterons-nous à une résurrection après trois jours passés chez un réparateur d'ordinateur mais en attendant, je vais continuer (doucement) mon blog à partir de mon Mac portable (vive la wi-fi qui nous bouffe le cerveau!) et, juste conséquence, la mise en page de mes textes n'est absolument pas respectée. j'en suis réduit à faire des lignes de points pour rendre mes textes à peu près lisibles : bon courage à ceux qui se lanceront dans la lecture de mes prochains textes...

Ganymède

Ne crains rien, je survivrai. A toi, à eux, à moi-même aussi. Quand tous m'auront abandonné et que moi-même je serai mort plusieurs fois, je survivrai et je marcherai sur vos ossements. Sans me retourner : il n'y aura rien à regretter derrière moi. Le coeur léger : la nostalgie m'est chose inconnue. Toi-aussi, aie le coeur léger, ne faiblis pas, ne me déçois pas - pas maintenant. Dépose-moi sans crainte au milieu de cette arène d'où tu m'avais emporté. Tu les crois féroces. Eux croient que leurs coups et leurs injures m'atteignent... Si vous saviez ! S'ils se fatiguent à m'humilier et à me harceler, c'est qu'ils ont besoin de moi pour souder leur groupe grâce à moi. Mais moi je n'ai pas besoin d'eux ...................................................................................... Toi c'est différent, je t'aime. Tu me comprends. Non plus que ça, tu me vois. Tu as vu ce qui en moi est à voir. Tu as vu ma beauté que moi-même j'ignorais, tu as vu l'intelligence qui sommeillait. C'est avec toi que, enfin, je me suis vu. Je me suis compris. Révélé, envolé. Loin. Tu m'as emporté tout là-haut dans ton aire d'où nous regardions en riant les fourmis s'agiter. Je te dois tout : mes lectures, mes goûts, mes talents. Nous étions souverains. (Et, par pitié, laisse les autres à leurs préjugés, laisse-les croire savoir ce qui est bon pour toi et ce qui est bon pour moi, ne te préoccupes pas des petites gens aux petites pensées et ne t'en sers pas comme excuse à l'épuisement de ton amour : tu ressemblerais à tes élèves.) Je te dois tout et pourtant, à toi-aussi je survivrai ...................................................................................... Ma vie est ailleurs : voilà ce que les années m'ont appris. il fut un temps, il y a quelques années, où je ne vivais que pour deux passions : le piano et une fille nommée Céléna. Parce que j'avais manifesté quelques facilités au clavier, j'en avais fait ma vocation et je me jetais à coeur perdu dans l'étude du piano. Des heures et des heures de gammes, d'exercices et de compositions compliquées jouées à des concerts de villages. Le piano devenait mon seul centre d'intérêt et, à tous et à moi-même, je disais que je serai pianiste professionnel sinon rien. Mais les années passèrent et mon talent stagna. Avant même d'avoir décollé. je le voyais aux félicitations un peu gênées de mes professeurs qui ne voulaient pas me décourager. Mais du jour au lendemain, j'arrêtai tout. Tant pis si je ne serai pas pianiste, je serai autre chose ...................................................................................................... Tu devines que l'histoire de Céléna est similaire. c'est une fille qui avait accepté de sortir avec moi au collège et dont j'étais devenu fou amoureux. Nous avions même passé plusieurs nuits ensemble et l'excitation sexuelle accroissait encore mon amour et ma dépendance. J'étais persuadé que j'étais fait pour elle comme elle était faite pour moi. Elle était ma vie et je l'aimais à mourir. Elle me quitta et je crus effectivement mourir - dépression, tentatives de suicide, alcool et quelques tentatives de drogues à 15 ans... Mais je ne suis pas mort et je dus bien me dire qu'elle n'était pas ma vie puisque je vivais toujours ................................................................................................................. Et ainsi de suite jusqu'à aujourd'hui. La moindre passion brimée, le moindre élan étouffé, chaque rêve s'achevant en un réveil cruel et pénible. Mon dernier rêve ce fut toi et ta lettre fut mon dernier réveil. Avec toi je m'étais senti revivre - revivre en toi, avec toi, grâce à toi. Je buvais tes paroles, je savourais ton corps, tu me protégeais et sous ton aile je me sentais devenir plus fort. Notre relation était cohérente : en me pénétrant c'est ton énergie, ta force vitale que tu m'insufflais ................................................................................................... J'étais passif et passionné : ma vie, je te l'avais confiée, tu en prenais soin. Toi, comme tous les autres avant toi, tu es parti sans me la rendre et moi, comme toutes les autres fois avant toi, je me retrouve désemparé. Mais ce n'est pas grave, il n'y a pas mort d'homme. Je n'ai qu'à me répéter, pour m'en convaincre, que tu n'étais pas l'homme de ma vie. ma vraie vie, je suppose qu'elle est ailleurs,encore une fois ........................................................................................................................... La réponse à tout cela, je la connais, tout le monde la connaît. Ma vie, mon âme, c'est ce qui en moi est irréductible, ce qui me restera une fois qu'on m'aura tout enlevé. la forme et non la substance, l'énergie et non le vécu. Tout le reste n'est que passions passagères, flottements au gré des vents ou des courants. Je sais tout cela depuis longtemps. Chaque épreuve me l'apprend un peu plus mais je sais que je l'ai toujours su. Sache-le, retiens-le : ta rupture ne m'as rien appris. Garde tes effets de rhétorique pour tes cours de philo : il n'y a rien de positif dans notre séparation .................................................................................................. Je survivrai car je vivrai sans passion. J'aimerai peut-être, je souffrirai, j'aurai de l'ambition, je m'investirai dans de grandes oeuvres, dans de grands travaux et peut-être accomplirais-je de grandes choses. mais rien de tout cela n'aura de l'importance. La lecture des stoïques m'a toujours ennuyé car trop banale : à mes yeux elle ne répète que des évidences. Ne pas faire dépendre son bonheur des aléas de la fortune : qui serait assez fou pour penser le contraire ? (L'humanité entière, hélas, sauf quelques lucides). Je sais la vanité de ce monde et je me fermerai aux passions : je ne serai plus passif. Désormais, le plaisir, ce sera moi qui le donnerai .............................................................................................. Je saurai mettre mes rêves au placard et m'en trouver d'autres. Je saurai vivre sans passion pour ne renoncer à rien. Et je serai le dernier debout ............................................................................................... J'arriverai plus loin et plus haut que tous ceux qui, aujourd'hui, se moquent de moi. Voilà le plus important. Qui méprise qui ? A les écouter, bien sûr, c'est moi qui les méprise, moi l'intello, moi le bourge, moi qui afficherais ma morgue et ma supériorité à longueur de journée. Mais se sentent-ils vraiment inférieurs ? Se sont-ils déjà entendu parler ? Ont-ils déjà remarqué que c'est de leurs lèvres que déborde le mépris ? L'assurance, la certitude, le sentiment inébranlable de leur supériorité. Et ce serais moi qui les mépriserais ? Est-ce moi qui me moque d'eux ? qui les humilie ? qui les frappe en riant ? .......................................................................................................... Dis-moi, je t'en prie, toi qui chaque année affronte une nouvelle génération de lycéens, est-ce ainsi à chaque fois ? Chaque année la même fournée de jeunes prétentieux à offrir au brasier du chômage ou de la médiocrité ? Chaque année le même conformisme à se proclamer rebelle d'une société qui n'attend que cela? ..................................................................................................... Et moi, suis-je différent ? Y'en a-t-il beaucoup, des comme moi, des souffre-douleurs qui attendent patiemment une vie plus clémente ? les aides-tu, les protèges-tu aussi comme moi ? Les séduis-tu comme tu m'a séduit ? les invites-tu à t'emprunter des livres de ton immense bibliothèque comme je l'avais fait avant de découvrir ta chambre à coucher ? Et que deviennent-ils ensuite ? Que sont-ils devenus ? Ont-ils réussi ? Ont-ils, grâce à toi, mené une carrière brillante ou se sont-ils effondrés après que, dans une belle lettre pleine d'excuses et de rhétorique, tu les eus quittés ? Conserves-tu leurs dépouilles derrière l'un des sept portes de ton appartement ? ....................................................................................................................................... Non, ne me réponds pas (ne prends pas la peine de me mentir). Je me doute bien que je ne suis ni le premier, ni le dernier Ganymède que tu enlèves mais je ne veux pas le savoir. Laisse-moi au moins cette ultime incertitude. laisse-moi cette possibilité de croire que, le temps de quelques mois, j'ai été aimé et heureux. Que, le temps de quelques mois, de quelques nuits, j'ai eu raison de m'abandonner dans tes bras sans songer à protéger mon âme. laisse-moi cette illusion, laisse-moi te quitter sans te haïr.
11月1日

La non-crémaillère

Mercredi dernier (le 25 octobre) : nous avons invité quelques amis pour notre non-pendaison de crémaillère et pour inaugurer le coin-salon aménagé sous notre lit-mezzanine-Ikéa-qui bouge-et-qui-grince-mais-c'est-quand-même-bien-pratique. Soirée fort sympathique qui mêlait homo, lesbiennes, hétéro et autres. Vous pouvez consulter l'album photo réalisé grâce au Polaroïd ramené par Michel de sa dernière virée à Paris.
10月29日

Icare

Petit papillon tout juste sorti de ton cocon, aux ailes encore froissées ; jeune cygne encore maladroit mais bientôt beau ; bel Icare s’élevant avec ivresse vers le soleil… Avec quelle grâce tu t’envoles pour découvrir le monde ; avec quelle tristesse tu te cognes contre les vitres ; avec quelle avidité tu t’approches de la flamme dangereuse !

 

Aujourd’hui, c’est ton dernier jour dans ton lycée. Les derniers rayons du soleil de juin embrasent les murs qui te paraissent presque beaux pour l’occasion.  Tu as un peu de temps devant toi alors tu en profites pour faire un tour. Tu erres dans les couloirs vides, tes pas te mènent au hasard dans ces lieux si familiers et, ce soir, si silencieux. Cela te fait tout drôle de les voir ainsi sans élève, sans surveillant, sans cri. Ils sont comme nus, désarmés, tu te sens incapable de les haïr comme tu le voulais ; au contraire tu sens même naître en toi une drôle d’émotion. Tu résistes, tu résistes, mais il semble bien que ce soit de la nostalgie.

 

Inévitablement les souvenirs viennent hanter chaque escalier, chaque couloir. Tu voudrais les détester, ces souvenirs, comme tu as détesté ces années-lycée où tout le monde faisait si grand cas d’événements si dérisoires : Stéphanie sort avec Thomas ; Laure s’est brouillée avec Aude ; il paraîtrait que Magali voudrait sortir avec toi… Toi, tu voulais des ailes pour t’envoler tout en haut. Mais ces souvenirs sont ta vie désormais et tu ne peux pas plus les détester complètement que tu ne peux te détester complètement toi-même. Tu étais devenu presque beau, les filles papillonaient autour de toi mais toi tu tournais autour des garçons. Tu as appris à cacher, à mentir, à te trouver des petites amies de complaisance. Tu as aussi appris à confier à quelques amies sûres tes histoires d’amour à moitié secrètes et toujours pathétiques ; c’est à elles que tu dois les quelques éclats de rires qui ont ponctué ces années.

 

Tes journées étaient tristes mais tes nuits étaient plus belles que les leurs. Tes nuits à toi, tu as commencé à les passer à explorer les mille et un méandres d’internet. Jusqu’à l’aube parfois tu discutais avec d’autres garçons qui, dans d’autres lycées médiocres et dans d’autres villes de province,  s’ennuyaient mortellement comme toi. Ces amis virtuels savaient tout de toi et toi tu savais tout d’eux : ils t’étaient devenus plus proches et plus réels que tous ceux que tu côtoyais dans le monde diurne.

 

Puis vint le temps des rencontres. Du sexe échangé – et même deux ou trois fois monnayé – avec d’autres hommes de ta ville, plus laids et plus vieux. Les plans sordides dans les voitures, les parcs, les forêts. Les célibataires en mal de tendresse, les hommes marié obsédés par la discrétion, les vieux couples avides d’un peu de chair fraîche… Toujours déçu mais toujours plein d’espoir, tu enchaînais les rencontres comme appelé par l’air froid et grisant de la nuit – fier de tes fatigues du lendemain. Ces rencontres n’affaiblissaient pas ton romantisme : bien au contraire, l’amertume née de ces contacts éphémères ne faisait qu’augmenter ton attente de celui qui saurait être envers toi tendre, fort, protecteur, attentionné, fougueux, exceptionnel…

 

C’est loin tout ça. Tu te souviens brusquement que, dans quelques minutes, tu vas pouvoir embrasser – sur la bouche ! – le beau Raphaël, le plus joli garçon du lycée. Tu anticipes la scène, tu essaies de te la représenter le plus rigoureusement possible, de la manière la plus sobre et réaliste, mais en vain : aussitôt ton imagination s’emballe. La simple idée de ce corps allongé sur le sol et de ton audace à l’embrasser sur la bouche t’excite et te fait aussitôt rêver à des suites improbables.

 

Ça y est, tu as perdu le fil de tes pensées : où en étais-tu ? Ah oui, à ces nuits passées chez des inconnus aux quatre coins de la ville et à ces journées où, fourbu de fatigue, tu n’écoutais plus les cours. C’était devenu comme une drogue mais cela t’était égal. Ce que tu voulais, c’était fuir le plus loin possible, d’une manière ou d’une autre, cette vie morne. Jusqu’à ce que tes mauvais résultats te fassent redoubler ta classe de Première : à ce moment-là tu as compris que, pour partir au plus tôt et au plus loin, il fallait avoir de bons résultats. Pari gagné : les résultats du bac ne sont pas encore tombés mais ton dossier scolaire t’a permis de t’inscrire à la faculté des beaux-arts de la grande ville à 200km de là. Tu aurais aimé entrer à l’école des arts décoratifs mais tant pis, tout n’est pas perdu. Déjà ainsi, tu fais la fierté de tes professeurs et de ta pauvre mère. Reste à espérer que ta demande de bourse soit acceptée.

 

Tu as tant attendu ce moment où tu pourras enfin fuir ce lycée et cette ville que tu ne veux pas céder à la nostalgie maintenant. Les commérages entre filles, les rivalités entre bons élèves, la débilité des mauvais, l’inconsistance des propos de tous à la fois abrutis par la télévision et enflammés par tel ou tel point d’actualité… L’ennui, la routine, les saisons rythmées par la couleur ou la chute des feuilles de l’unique arbre rachitique de la cour et par les séjours chez ton père à Pâques et à Noël. Ta tristesse renforcée par l’enthousiasme de tes camarades pour cette vie – les cours, les filles, les amis. Toi tu n’aimais ni les cours, ni les filles, ni tes amis. Ta seule joie au tableau : ce soir, pour ta dernière heure au lycée, tu vas embrasser le beau Raphaël.

 

Un rapide regard sur ta montre te rappelle que le temps passe, ça va bientôt être à toi, tu dois te dépêcher. Tu files à travers les couloirs et les escaliers jusqu’à la salle de spectacle. Là, dans les coulisses, tu enfiles rapidement ton costume et tu attends. La tension monte…

 

Ça te rappelle ta mère, tout ça : le désordre, l’amoncellement des vêtements, les costumes un peu fantasques faits de bric et de broc. Vous n’aviez pas d’argent alors, par nécessité, elle s’est improvisée couturière et styliste. A partir de quelques fripes démodées récupérées dans des braderies, elle se faisait une magnifique robe de printemps. Comme elle ne pouvait pas t’offrir les vêtements de marque nécessaires à toute vie sociale lycéenne, tu avais compensé en l’imitant et en créant toi-même ton propre look. Tu étais devenu l’homme aux chapeaux, l’homme aux écharpes, l’homme aux vestes à deux sous. Tu avais soigné ton image de dandy pauvre, de romantique fait de bout de ficelle. La chambre de ta mère était devenue une vrai caverne d’Ali Baba – un peu comme les coulisses du théâtre ce soir.

 

La tension monte. Tu te surprends à vivre ce moment, à échanger des sourires et des encouragements avec les autres filles et garçons présents (alors que tu t’étais promis de rester impassible et dégagé). Tu observes la scène : il y a le gros Kévin qui joue Dédale et le beau Raphaël qui joue Icare. Grâce aux plumes et à la cire, ils s’envolent et s’échappent du labyrinthe qu’avait construit Dédale et où Minos, le roi, les avait enfermés. C’est une drôle de pièce quasi-inconnue du début du 20è siècle, précieuse et stylisée, une sorte de mélange entre du Mallarmé, du Maeterlinck et du Gabriele d’Annunzio (c’est du moins ce que vous avait dit votre professeur de théâtre) et surtout à la limite du kitsch. Icare, grisé par son envol, s’approche du soeil qui fait fondre la cire de ses ailes – s’ensuivent alors toute une ribambelle de métaphores plus précieuses les unes que les autres. Icare tombe – grand cri de Dédale – silence dans le public. La voilà, ta réplique-clé, c’est ton tour, tu peux avancer sur la scène.

 

Tu es un ange. Un ange païen, un gentil démon venu chercher l’âme d’Icare et l’accompagner dans le monde des morts. Tu n’as jamais été aussi léger et tes pas de danse se font aussi capricieux que les notes des élèves de l’option musique. Parents, frères, sœurs, amis : tous te regardent. Tu t’approches du corps de Raphaël – enfin, d’Icare… - étendu sur le sol, tu t’agenouilles et tu caresses ses jolies boucles blondes en murmurant quelques métaphores supplémentaires. Jusque là, rien que de très normal, tout a été répété plusieurs fois avec le professeur de théâtre.

 

Ton cœur n’a jamais battu aussi vite ni aussi fort mais tu ne cèdes pas : tu te baisses et, d’un geste tendre, tu poses tes lèvres sur celles du beau Raphaël. Ses lèvres sont sèches et il pue la sueur mais ce n’est pas grave, tu savoures ce moment de tout ton être Tu perçois un frémissement parcourir l’assemblée mais tous doivent se dire que c’est une bonne idée, ce baiser symbolisant la sortie de l’âme d’Icare de son enveloppe charnelle. Raphaël, lui, a brusquement rouvert les yeux : tu peux y lire l’incompréhension et la fureur mais tu t’en fous, il ne peut rien faire sur scène.

 

Tu reprends ton rôle éphémère : tu te relèves, te voilà déjà de retour dans les coulisses, indifférent aux remarques de tes camarades. Tu as déjà remis tes vêtements et tu cours dans les couloirs. La lourde porte en bois est à l’autre bout du lycée : tu cours à en perdre haleine.

 

Plus jamais tu ne la reverras, cette cour de prison, plus jamais ces couloirs blancs et sâles, plus jamais ces immondes tables pleines de tippex, de graffitis et de chewing-gum – même Raphaël tu ne le reverras plus jamais (il est bête de toute façon et il veut devenir pompier). Toute cette vie trop lente à jamais derrière toi.

 

Tu es grisé par ton exploit, grisé par la douceur de la nuit, grisé par cette errance das ton lycée vide, grisé par l’idée qu’enfin, tu en as fini avec l’ennui et la monotonie de ta jeunesse. Tu ris, comme ça, pour rien. Tu visses ton chapeu sur la tête, tu jettes ton écharpe sur tes épaules, tu déploies tes ailes et tu t’envoles : la lune est bien plus attirante que le soleil.

10月27日

Narcisse

Ce lundi matin, Narcisse se réveilla au milieu du désordre sans nom qui composait sa chambre, résultat d'un week end ordinaire : un jeans Japan Rags gisant entre une boîte de chaussures Energie et quelques sacs griffés à côté de ses affaires de sport ; au pied de sa chaîne Hi-Fi : des disques, des DVDs, des jeux vidéos et quelques photos froissées; et enfin, entre son ordinateur et sa télévision, une paire de Converse édition limitée, une paire de Puma rouge et quelques livres de cours égarés là un peu par hasard. Cet amoncellement était devenu indispensable à son univers: ce n'étaient plus des objets, c'étaient ses compagnons fidèles, les garants de sa vie confortable et inutile, les excroissance de sa propre personnalité.

 

Après avoir passé la première heure de sa journée à se laver, s'habiller et à se coiffer ( ajuster la couleur de son pull Caporal avec ses lentilles vertes et la coupe de sa chemise Gucci avec celle de son jeans Diesel rehaussé de sa ceinture Dolce Gabanna), il descendit les trois étages d'escaliers à la moquette moelleuse et daigna faire son apparition à la cuisine pour un petit-déjeûner qui n'avait plus grand chose de familial : son petit frère ne leva pas les yeux de son bol de corn-flakes, sa soeur s'attardait encore dans la deuxième salle de bain tandis que sa mère et son beau-père, comme tous les matins, se déclaraient leur amour à coup de cendriers ou de bouteilles de vodka qui volaient à travers les pièces. L'objet de la dispute, ce lundi matin, semblait être des investissement hasardeux de la mère en bourse.

 

Comme tous les lundis matins, Narcisse arriva en retard à son premier cours, écouta plus son lecteur MP3 que son professeur d'histoire et développa plus que jamais son habileté au langage texto sur son dernier LG Chocolate. La pause ressembla plus à un défilé qu'à une récréation. Avec ses camarades de la section des "footeux", il avait une réputation  à tenir : celle de faire partie du clan des "beaux gosses" les plus branchés du lycée, ceux qui sortaient avec les plus belles filles et que tous les garçons enviaient - même les plus coincés, même les plus intello ne pouvaient nier leur secrète envie d'appartenir ou de se rapprocher de cette élite.

 

Grâce à la richesse de son beau-père et à la taille de sa maison qui accueillait régulièrement des dizaines de garçons et de filles lors de soirées virant parfois à l'orgie, Narcisse dominait cette élite. Il était bête et ses notes dépassaient rarement la moyenne mais cela lui importait peu : l'argent de son beau-père lui permettrait de réussir ses études d'une façon ou d'une autre. (Il ne parlait de son véritable père, vulgaire pompiste en Colombie, que pour en rire auprès de ses camarades). Ce qu'il voulait faire dans la vie, c'était comptable comme son beau-père : avoir un travail une fois pour toute, avoir de l'argent puis ne plus rien prévoir... Il se mettrait à travailler plus tard. Pour l'instant, seul lui importait son image.

 

Son image qu'il contemplait chaque matin dans son miroir, chaque journée dans le regard envieux des lycéens pauvres et moches, dans le regard plein de désir et de fatuité de sa copine ou de ceux qu'il défiait du regard dans les rues ("Je suis plus beau que toi et ma copine est plus belle que la tienne.").

 

Ce lundi matin, à la pause, Narcisse écouta négligemment les innombrables aventures survenues à ses camarades durant le week end : les filles qu'ils avaient larguées ou draguées, les potes qu'ils avaient croisés, leurs sorties au MacDo, au sport, au ciné puis en boîte, avant de raconter à son tour comment il avait emmené sa copine du moment en voiture (sans permis, évidemment) dans la maison de campagne de son beau-père et comment ils avaient fait l'amour par terre, dans le lit et dans les champs. Il n'avait même pas besoin de mentir ou d'exagérer : sûr de sa supériorité (ou en tout cas de son égalité avec les autres meneurs du groupe), il se permit même d'avouer qu'il avait dû s'y prendre à trois fois avant de réussir à enfiler le préservatif. La cloche sonna et les footeux retournèrent dans leurs classes respectives.

 

Ils avaient omis d'évoquer un épisode important du week end – mais pourquoi le faire puisque tous étaient présents ? - c'était le film pornographique qu'ils étaient venus regarder chez Narcisse. Comme plusieurs fois auparavant, de simple visionnage, la séance s'était transformée en masturbation collective avec même quelques fellations à la clé. Il y avait certes entre eux un accord tacite pour ne pas en parler et pour que ces séances soient toujours plus ou moins improvisées, cependant ils n'en nourrissaient aucune culpabilité. Ils avaient tous le même âge, le même physique, le même look, la même coupe de cheveux, la même culture : ils n'étaient que les miroirs d'eux-mêmes et, en se contemplant et se caressant mutuellement, ils ne faisaient que s'admirer eux-mêmes dans le corps de l'autre. Ce n'étaient que de banales branlettes collectives où leur groupe se formait et s'éprouvait (avec intronisation et exclusion de tel ou tel chanceux ou déchu) et où personne ne se serait permis de dire  qu'il en avait envie : ils n'étaient pas des pédés !

 

L'après-midi se déroula sans heurt, ponctuée des contradictions habituelles qui, pour Narcisse, se résolvaient dans son unique principe de vie : l'exhibition tapageuse (et enivrante) de son égocentrisme. Alors qu'il parcourait les allées du centre commercial avec ses potes et dans les bras de sa copine du moment (une blonde qui était sortie avec deux autres membres du groupe avant lui, dont il parlait avec mépris devant ses potes et qui d'ailleurs ne le ménageait pas plus auprès de ses copines) il se prit à repenser à cette autre camarade de classe avec qui il venait d'échanger quelques mots. Elle n'avait rien de commun avec lui : presque pauvre, d'une simplicité désarmante, dénuée de toute envie comme de tout ressentiment envers leur groupe, sans aucun intérêt pour sa réputation ni pour son look (quoique très belle et toujours élégante) et pour finir excellente élève. Et pourtant, c'était bien de la séduction et de l'attirance qu'il y avait eu entre eux lorsqu'il était allé lui demander son devoir de mathématiques. Si cela continuait, il allait devoir plaquer sa copine pour la draguer, elle. Il risquait de choquer  le groupe mais une rapide évaluation lui permit de voir que sa réputation n'en souffrirait pas, peut-être bien au contraire.

 

Rentré chez lui, Narcisse n'eut pas à esquiver l'habituelle dispute paternelle : un étrange et pesant silence régnait dans la vaste demeure. Soulagé plus qu'étonné, il monta se réfugier sans sa chambre et se dépêcha d'allumer sa chaîne Hi-Fi pour rompre au plus vite se silence (Narcisse détestait deux choses : le silence et devoir se concentrer sur quelque chose de sérieux). Après s'être débarrassé de son sac EastPack, il se connecta sur MSN messenger. Comme il l'espérait, comme il l'attendait depuis ce matin, Ricardo était connecté.

 

Ricardo, c’était le grand secret de Narcisse, son grand ami, son grand amour. Celui qu’il retrouvait tous les soirs sur MSN, qu’il voyait en « cam » et à qui il se montrait en « cam ».. Or, là aussi, l’image que lui renvoyait Ricardo était presque en tout point semblable à la sienne : de deux ans son aîné, Ricardo avait le même physique, pratiquait les mêmes sports, arborait les mêmes vêtements, partageait les mêmes goûts et, en plus, venait comme Narcisse d’Amérique du Sud et parlait couramment l’espagnol. Ce sont tous ces points communs qui les firent s’entendre aussi bien aussi rapidement sur le salon de tchat gay où ils se sont rencontrés. Narcisse serait-il donc gay ? Non, bien sûr, mais où sinon dans un salon gay trouver d’autres autoproclamés beaux gosses prenant soin de leur corps et prêt à admirer le sien ?

 

Et puis Narcisse était un jeune adolescent qui, derrière ses airs blasés, était avide de sentiments tendres et complices. Mais cela, il ne pouvait le trouver ni auprès de ses copines interchangeables pour qu’il avait beaucoup trop de mépris, ni auprès de ses potes non plus : la moindre modification du caractère spontané et codifié de leurs branlettes collectives pourrait lui être fatal. Il ne lui restait que les garçons rencontrés sur internet – nécessairement d’une autre ville pour éviter tout danger pour sa réputation mais  cela rendait la moindre rencontre tout aussi nécessairement presque impossible.  Narcisse n’était pas plus homo qu’hétérosexuel : Narcisse était narcissique. Seule comptait sa propre personne et ceux qui, tel son miroir chaque matin lui renvoyait son image magnifiée qui lui signifiait : « Tu es le plus beau. » Fille ou garçon – ce n’était qu’un détail secondaire. Narcisse ne cherchait d’ailleurs encore aucune relation sexuelle explicite avec Ricardo : il s’imaginait juste dans ses bras, devant un bon DVD, passer un bon moment – lui qui passait son temps à serrer les filles dans ses bras ou à mater des porno avec ses potes.

 

Narcisse était en train d’échanger des photos de lui avec Ricardo qui envoyait les siennes quand sa mère toqua et ouvrit la porte sans prévenir –chose exceptionnelle. Son maquillage avait coulé autour de ses yeux rougis. D’une voix grave et tremblante elle pria Narcisse de les rejoindre avec son frère et sa sœur au salon du rez-de-chaussée : elle et son beau père avait quelque chose de grave à leur annoncer.

 

Pour une fois, Narcisse obéit et n’attendit pas une demi-heure avant de descendre. Il passa par la salle de bain jusqu’où étaient parvenus les éclats de la dispute du matin : une bouteille de whisky avait volé jusque là et brisé le miroir en une sorte de toile d’araignée effrayante. Narcisse sursauta en voyant les reflets morcelés de son image puis il se rendit au salon en se demandant si le motif de ce conseil de famille était liée à la dispute du matin.

 

 

 

Trois mois plus tard, criblés de dettes, poursuivis par les huissiers qui s’apprêtaient à mettre la main sur leur maison, Narcisse et sa famille s’enfuirent en Colombie. Grâce à des économies cachées, ils envisageaient de pouvoir s’acheter une maison et mener un train de vie qui, comparativement, équivaudrait à peu près à celui qui était le leur en France.

10月14日

Agression homophobe

Seulement 50 personnes de réunies ce samedi matin, place Kléber, pour manifester après l'agression dont ont été victimes deux lesbiennes il y a un mois à Strasbourg-même. Heureusement que la presse était prévenue pour parler un peu de nous (on m'a dit qu'on a fait la une de France 3 Alsace) parce que, s'il faut compter sur les gays... Pourtant, même si cette manif était organisée par des associations militantes, ce n'était pas un acte uniquement politique que de venir mais simplement du "bon sens". Personellement, je suis "discret" comme on dit et je n'ai jamais eu à subir d'insultes homophobes. Mais tant que d'autres "copines" (homo, lesbiennes, trans...) se feront insulter, je sais que moi-aussi je peux l'être. Et chaque fois qu'on insulte des "copines", c'est finalement moi (et Michel) qu'on insute. A lire les blogs, j'ai l'impression que tous les gays sont prêts à pleuruer toutes les larmes de leur clavier pour s'indigner contre des agressions (Matthew Sheppard, c'est ça?), mais se bouger le cul à 11h du mat, se rassembler en public, là il n'y a plus grand monde. Enfin bref, tant pis, les gays sont des beaufs comme les autres...
Quelques photos dans l'album photo du jour.
Le Communiqué de presse en lien : http://www.tapages67.org/_pages/actions/act_20061014.html (on me voit même allongé...)
9月27日

La pensée du jour

"C'est quoi cette connerie, je t'ai sur mon fond d'écran !"
 
Et moi qui voulais lui faire plaisir pour toutes les fois où il ouvrirait son télephone portable...
9月26日

Querelle de Brest

Je termine la lecture de Querelle de Brest, écrit par Jean Genêt et paru en 1953. Plutôt que de vous en faire une critique dont je serais bien incapable, je vais vous recopier quelques passages intéressants : ils parlent de l’homosexualité et des rapports actifs/passifs. Je ne pense pas que ce qu’il dit est valable ailleurs que dans le roman mais ça soulève des questions de fonds…

 

« En quoi serait-il transformé ? En enculé. Il le pensa avec terreur. En quoi est-ce, un enculé ? De quelle pâte est-ce fait ? Quel éclairage particulier vous signale ? Quel monstre nouveau devient-on et quel sentiment de cette monstruosité ? (…) ‘On va pas s’embrasser’, pensa-t-il. Et ceci encore : « Moi j’tends mon cul, c’est tout.’ Quel corps nouveau serait- le sien ? »

 

« Il existe une passivité mâle (au point que la virilité se pourrait caractériser par la négligence, par l’indifférence aux hommages, par l’attente détachée du corps, qu’on lui offre le plaisir ou qu’on l’obtienne de lui) faisant de celui qui se laissesucer un être moins actif que celui qui suce, comme à son tour ce dernier devient passif quand on le baise. Or, cette passivité véritable rencontrée en Querelle, nous la découvrons en Robert qui se laissait aimer par Madame Lysiane. Il laissait la maternelle féminité de cette femme forte et tendre à la fois l’envahir. Il nageait dans cet élément où parfois il était tenté de s’oublier. »

 

« Entre eux, pour eux seuls, s’établissait un univers (avec ses lois et rapports secrets, invisibles) d’où l’idée de femme était bannie. Au moment de la jouisance un peu de tendresse avait troublé les rapports des deux mâles – surtout quant au patron. Tendresse n’est pas le mot juste, mais il dit mieux le mélange de reconnaissance à l’égard du corps d’où l’on tire son plaisir, de douceur qui vous fond quand le plaisir s’écoule, de lassitude physique, de dégoût même qui vous noie et vous allège, vous enfonce et vous fait voguere, de tristesse enfin et cette pauvre tendresse, émise un peu comme un éclair gris et doux, continue à altérer doucement les simples rapports physiques entre mâles. Non que ceux-ce deviennent quelque chose approchant le véritable amour entre home et femme ou entre deux êtres dont l’un est féminin, mais l’absence de femme dans cet univers oblige les deux mâles à tirer d’eux un peu de féminité. A inventer la femme. Ce n’est pas le plus faible ou le plus jeune qui réussit le mieux cette opération, mais le plus habile qui est souvent le plus fort et le plus âgé. Une complicité unit les deux hommes, mais née de l’absence de femme, cette complicité suscite la femme qui les lie par son manque. Dans leurs rapports à cet égard, nulle feinte, nul besoin d’être autre chose que ce qu’ils étaient : deux mâles, très virils, qui se jalousent peut-être, se haïssent mais ne s’aiment pas. »

 

« Les yeux dans les yeux de l’autre, Querelle prononça d’un ton sévère :

- J’ai couché avec Nono, je me défends pas. Seulement faut pas te tromper.je suis pas une lope, tu comprends. J’aime les filles. T crois pas ?

-Je dis pas le contraire. Seulement Non, à ce qu’i’ dit lui, Nono i’te l’a mis au cul. Ça tu peux pas nier. C’est pas toi qui l’as enfilé ?

-D’accord, i’me l’a mis, seulement…

-Mais c’est pas la peine ta musique, que je te dis. Moi, je m’en balance. T’as pas besoin de me dire que t’es un homme. J’en suis sûr. Si t’étais une lopette comme y en a tu te serais dégonflé à la bagarre. Toi tu ne te dégonfles pas.

Il posa la main sur l’épaule de Querelle l’obligeant à marcher. Il souriait et Querelle aussi.

-Ecoute, nous, on est deux hommes. On cause comme on veut. T’as couché avec Nono, c’est pas un crime. L’essentiel c’est qu’i t’ait fait jouir. Hein. Dis-moi pas que t’as pas prs ton pied.

Querelle voulut encore se défendre mais son sourire l’emporta.

-Je dis pas le contraire. N’importe quel mec ça le ferait jouir.

-Alors tu vois. Puisque tu aimes ça y a pas de mal. Y devait bien jouir aussi Nono, pasqu’il est plutôt chaud et que t’as une belle gueule. »

 

« Pour la première fois Querelle embrassait un homme sur la bouche. Il lui semblait se cogner le visage contre un miroir réfléchissant sa propre image, fouiller de la langue l’intérieur figé d’une tête de granit. Cependant, cela étant un acte d’amour, et d’amour coupable, il sut qu’il commettait le mal. Il banda plus dur. Les deux bouches restèrent soudées, les langues en contct aigu ou écrasé, ni l’une ni l’autre n’osant se poser sur les joues rugueuses où le baiser eût été signe de tendresse. Les yeux ouverts se regardaient avec une légère ironie. La langue du policier était très dure. »

 

« Il désirait faire l’amour, car il croyait que sa tendresse s’en fortifierait, parce qu’il seraitd’avantage lié à Gil qu’il lierait à lui davantage. Mais il ne savait pas comments’y prendre. S’étant toujours fait baiser, il ne savait pas enculer un gars. Le geste l’eût gêné. (…) Obscurément il comprit que l’amour est volontaire ; il faut le vouloir. Quand on n’aime pas les hommes, se laisser enfiler peut vous causer quelque plaisir, mais pour les baiser il faut, fût-ce pendant le seul moment qu’on fait aller sa bitte, les aimer. Pour aimer Gil il devait reoncer à la passivité. Il s’y efforça. »
9月25日

Les Sopranos

Je suis en train de revoir les premiers épisodes des Soprano et, même si dans mon souvenir les dernières saisons sont beaucoup mieux, cela me confirme dans l’idée d’une originalité particulière de cette série par rapport aux autres. J’aurais envie de définir cette originalité comme une plus grande « liberté » laissée aux auteurs (par rapport à la suprématie du scéario ou du comique propre à d’autres séries). Mais cette liberté serait vide si elle ne se traduisait par un approfondissement des situations et des personnages (qui se traduit à son tour dans la réalisation du film – et non simplement dans le scénario). Voici quelques exemples :

 

- La structure même de la série. Il n’y a pas une intrigue linéaire stricte comme dans Prison Break ou Lost où l’attention est toute entière tendue vers la fin. Et il n’y a pas non plus une continuité chronologique stricte comme dans Desperate Housewife ou Six Feet Under : certes chaque épisode suit le précédent, les personnages évoluent mais chaque épisode est relativement autonome (un peu à la manière d’Urgences). Mais cela n’empêche pas de voir se dessiner, épisode après épisode, une « superstructure » qui régit la série et qui est la difficile accession de Tony Soprano au rang de parrain.

Ce sont d’ailleurs ces nouvelles responsabilités qui le tourmentent au point d’être à l’origine de ses crises de panique : c’est pour cela qu’il suit une psychothérapie et que la série porte le sous-titre de « Confession d’un chef de la mafia à sa psy ». L’unité du fond rejoint l’unité de surface. (Autre originalité : la mort de l’ancien parrain ne lance pas la série mais n’a lieu qu’au troisième épisode, il en a fallu deux pour poser la situation alors que dans Six Feet Under, sûrement pour accrocher l’audience plus rapidement, la mort du père a lieu dans les premières minutes du premier épisode).

 

- Les premiers épisodes sont relativement classiques dans leur forme : autour d’une intrigue principale, on suit d’autres intrigues secondaires parallèles. Parfois il y a de l’action, et parfois il ne se passe quasiment rien ! Et puis, épisode 5, quelque chose d’autre se passe. L’épisode prend une tournure, une unité inhabituelle autour du voyage de Tony et de sa fille Meadow qui font la tournée des visites d’universités. Il y a une intrigue secondaire (assez corsée d’ailleurs) mais on est plus dans l’unité d’un film – d’un moyen-métrage – que dans la poursuite de plusieurs intrigues parrallèles aux liens assez lâches. Sans compter la profondeur psychologique de la mise en scène qui s’enfonce peu à peu dans la noirceur et qui met en parallèle les retrouvailles sympathiques d’un père et de sa fille avec un meurtre sordide. Il faudrait raconter tout le film pour rendre compte de la force (et non de la virtuosité) de ce scénario et de cette mise en scène.

 

- Tant qu’on en est à parler de la mise en scène, il faudrait noter tous ces moments rares –mais décisifs – où la caméra « quitte l’histoire » pour s’arrêter sur des éléments du décor : la piscine à la fin de l’épisode 1 ; l’église où s’asseyent Tony et Meadow : Tony est d’abord le seul à être sensible à ce lieu assez beau et bâti autrefois par des Italiens il y a longtemps puis Meadow devient enfin sensible aux paroles de Tony et, c’est suggéré en quelques plans à peine, elle cesse de « voir » l’église pour la « regarder » enfin. Troisième exemple : les tableaux de la salle d’attente de la psychanalyste qui déclenchent un délire interprétatif de la part de Tony. A chaque fois, le décor cesse d’être un simple décor pour l’action pour prendre une existence autonome et pour s’imposer de manière problématique aux personnages – surtout à Tony. Selon moi, c’est à mettre en lien avec ses crises d’angoisse : soit c’est parce qu’il a ses crises d’angoisse qu’il se met à « regarder » le monde qui l’entoure (et non plus à simplement le voir comme un siimple arrière-plan ou un moyen d’agir), soit c’est parce qu’il s’est mis à « regarder » le monde, que ce monde lui est soudain apparu comme problématique, qu’il a eu ses crises d’angoisse.

 

Quoiqu’il en soit, ce qui est remarquable dans cette série, c’est qu’au cœur du film, nous avons un enjeu de mise en scène, un enjeu de cinéma, et non simplement un enjeu de scénario ou de psychologie comme dans tant d’autres séries. C’est à ça que mène cette liberté dont je parlais plus haut : liberté envers la continuité d’un scénario, liberté envers la répétition des mêmes schémas, et liberté d’une mise en scène souvent remarquable.
9月14日

Patience

J'ai plein d'idées de textes : une comparaison entre Prison Break et le manga Monster; un texte sur pourquoi j'aime les Soprano (je viens d'acheter le coffret de la première saison); un texte sur le cinéma de Bruno Dumont (je viens de voir Flandres "en présence du réalisateur", comme on dit)...
Hélas, je n'ai pas le temps et, vous qui lisez ce blog, vous qui comptez sur lui, vous pour qui il représente la seule nourriture spirituelle valable sur cette grande poubelle qu'est internet, il vous faudra patienter encore ue ou deux semaines...
9月10日

Rions un peu (une autre liste)

J'ai découvert il n'y a pas si longtemps que je pouvais voir d'où venaient la plupart des personnes arrivant sur mon site. Il y a les amis qui viennent directement, il y a ceux qui cliquent sur les liens que j'ai pu laisser sur d'autres blogs et il y a ceux qui tombent sur ma page à partir d'un moteur de recherche. Et c'est là où ça devient drôle. Voici une liste, non exhaustive, des mots recherchés :
"raconter une histoire sensuelle gay - très petit minet - sket cho - parc de la citadelle gay - papy baise - gay strasbourg - restaurant libanais kehl - photos de vieux papy salaud - aire du Haut Koenigsbourg gay - ma première partouze - gay beur - muscler ses abdominaux - plan cul fixe dans les Vosges - photos de métis se masturbant - rien de grand ne s'est accompli sans passions - och beur - violeur gay muscle - voir extraits film gay - blog beur cailleras - les positions des raport sexuelle - joui Damien - maître rebeu gay - restaurant réunionnais espagne - sexe mec gay trash - salope - fantasme du viol en psychologie tchat - colin farrel nu - bogoss BM - sauna paris maghreb bay - fillm sexe live - blog couple en pénétration - minet efféminé - porno réunnionais - Zidane héros cornélien - Corneille vers crime échafaud honte - blog je me masturbe - baise strasbourg - pieds cho7 beurs"
Qu'ajouter après ça ? Que le fait qu'on puisse venir sur mon site à partir de ces "mots clés" est le signe que je ne suis qu'un pervers pédophile obsédé ? Ou ne faut-il lire cette liste que comme un document montrant le genre de mot que l'on peut taper dans une recherche ? Pour ma part, je préfère la deuxième solution...
9月4日

Séries américaines : qualité et efficacité

On parle beaucoup des séries américaines ces temps-ci, c’est une vraie déferlante. Elles sont toutes aussi géniales les unes que les autres et pour peu que les auteurs/producteurs aient pensé à y mettre un acteur un peu beau gosse, voilà toute la blogosphère gay qui s’enflamme. Et pourtant…

E pourtant, toutes les séries ne se valent pas. La plupart sont « efficaces » mais cela ne veut pas dire qu’elles sont « de qualité » (même si l’efficacité est un critère de qualité parmi d’autres). J’ai vu Prison Break l’autre soir et c’était très efficace : j’étais scotché devant la télé du début à la fin, avec le rebondissement au milieu juste avant la pub et l’épisode suivnt qui arrive immédiatement (sans pub cette fois-ci…). C’est calculé, minuté, pesé, emballé et rudemet bien écrit mais au fond, que reste-t-il ? Tout est orienté en direction du spectateur mais le film, le sujet du film, finalement, n’est pas si important que ça. Je ne dis pas que Prison Break n’est pas une mauvaise série, je dis juste que, pour peu qu’on réussisse à la regarder d’un œil distant (et c’est ce dont justement ils essaient d’éviter par tous les moyens) il ne reste pas grand chose.

La série Les Soprano est fait sur u mode différent, d’abord parce qu’elle est diffusée sur une chaîne payante et sans coupure publicitaire. Les auteurs ont donc 50 minutes sans interruption pour développer une histoire, un récit et aussi pour changer de rythme salon les épisodes. Tantôt on suit plusieurs intrigues à la fois, tantôt tout l’épisode se concentre sur une seule péripétie, etc. Et les personnages, eux-aussi, sont plus développés, plus vivants.

Le même phénomène se retrouve dans la réalisation. J’ai l’impression que les séries « découpées » comme Prison Break, les Experts ou autres Portés Disparus doivent retenir l’attention des spectateurs par une lumière très particulière (souvent sombre, froide et bleue) et par un montage très serré, souvent le même, pour maintenir une tension perpétuelle. Les séries plus « à l’aise » comme les Soprano ne vont pas dans l’excès : leur histoire est suffisamment forte pour qu’il n’y ait pas besoin d’une image-écran. La réalisation peut se permettre de suivre l’action de faire des plans plus longs, des mouvements plus amples sans chercher à retenir le spectateur par tous les moyens.

Tout ça pour dire qu’il faut se méfier des premières impressions (face à une série, face à un film, un livre, un tableau…) : elles sont souvent dues à des stratégies voulues par les « auteurs » et non à une qualité intrinsèque de l’œuvre. Mais qu’est-ce que cette qualité intrinsèque ? Il n’y a évidemment pas de réponse objective, scientifique. C’est dur à définir : je dirais qu’il faut une certaine sincérité dans la démarche, que les ingrédients du film soient orientés vers le film en vue de trouver une certaine vérité, une certaine beauté (à ce niveau les frontières deviennent floues, tout dépend de l’auteur et du réalisateur) et non orientés uniquement vers le spectateur pour satisfaire un simple besoin superficiel de divertissement.

Parce qu’il existe un besoin profond de divertissement. Parmi les séries de divertissement, il y a différents niveaux de qualité. Et quand l’efficacité dramatique d’un œuvre correspond à une qualité authentique de la réalisation, alors on obtient quelque chose de très bien. Des séries que je connais, Les Soprano est la meilleure, loin devant Lost, Portés disparus, etc.

Desperate Housewife est un cas à part : je mentirais si je ne disais pas que j’ai déjà vu toute la saison 2 (en anglais, ça sert d’excuse) grâce à un ami. Il y a un côté « concours du scénario le plus délirant tout en restant dans le domaine du crédible » mêlé à une sorte « d’ethnologie des rapports homme-femme dans les banlieues américaines » tout-à-fait jouissif et rondement mené. Mais si j’aime autant les Soprano, c’est parce que l’approche du scénario et de l’univers n’est pas si inférieure que ça à celle des films de Scorcese ou Coppola : c’est du cinéma ! (au sens de : ce sont de vrais mini-films, et pas de simpes séries écrites rapidement).

8月27日

Pirates des Caraïbes : la boussole

 

 C’est un élément bien connu des techniques de scénario : les personnages doivent avoir un but, une quête, bref une motivation simple qui leur donne une fonction précise (même cachée) à l’intérieur du « schéma actantiel », c’est-à-dire du système qui répartir les personnages en bons et gentils, en héros,  en auxiliaires du héros ou en opposants, etc.  Or, à ce niveau, le personnage de Jack Sparrow pose problème : il est dandy, il a du panache, il est drôle mais, à part sauver sa peau et rester libre, il ne semble pas avoir beaucoup d’autres buts dans la vie. Ce qui fait un peu peu en comparaison avec Elisabeth et Will Turner qui s’aiment et sont prêts à donner eur vie pour sauver l’être aimé. Jack, lui, ne donnerait sa peau pour rien au monde.

Le scénaristes se retrouvent donc avec, sur les bras, un personage génial, qui permet à Johnny Depp de donner la mesure de son talent et qui fait venir les foules, mais qui, sur le plan dramatique, est faible. Que faire ?

C’est là qu’intervient la boussole magique, censée indiquer la direction de ce que la personne désire le plus au monde. Et justement, elle ne marche pas pour Jack : c’est pourquoi il est obligé d’emmener Elisabeth qui, elle, désire retrouver Will. La boussole va ainsi indiquer la direction du coffre qui contient le cœur du Hollandais volant, seul moyen de récupérer Will.

Cette boussole est plus qu’un rebondissement du scénario : elle ne matérialise pas seulement les désirs des personnages, mais aussi la structure du scénario ! Comme un clin d’œil des scénario, histoire de dire qu’is ont conscience que le personnage de Jack est un point faible du scénario mais qu’ils ont réussi à retourner la situation à leur profit puisque le scénario est désormais basé sur cette faiblesse.

(D’aileurs, ils auraient pu en faire plus puisque, même s’ils ont un but précis, Turner et Elisabeth restent u peu fades en comparaison…)

Nausicaâ ou l’héroic fantasy passée à la sauce Spinoza

Pour moi, une grande partie de l’œuvre de Myasaki est sous le signe du « Merveileux » au même titre que la Fantasy occidentale, à la seule différence que les légendes, traditions et foklore occidentaux sont remplacés par leurs équivalents japonais. Nausicaa relève plutôt de l « Science Fantasy » : l’histoire se déroule dans le futur et il y a relativement peu de surnaturel, mais on a les éléments récurrants de la Fantasy : monde pré-industriel, importance de la forêt et des créatures non-humaines (même si les Oomos sont des insectes « naturels »), guerre entre communautés, héroïne « messianique » et inscription du récit dans une histoire millénaire et  dans des légendes anciennes.. Tout ça pour légitimer une comparaison avec l’univer du Seigneur des Anneaux – emblème de l’Heroïc Fantasy occidentale. L’uivers est assez similaire – mais c’est pour mieux rendre visible les différences.

La grande différence, à mon avis, tient dans la conception du Mal. Chez Tolkien, le Mal absolu existe : c’est Sauron. Certes il a un passé, une histoire mais à la question « Pourquoi est-il i méchant ? » la seule réponse que l’on peut donner, c’est « parce que ». le Mal existe, et crtains être sont du côté du Mal.

La situation est radicalement différente chez Myasaki : il n’y a pas de Mal absolu, il n’y a que des êtres qui agissent selon leurs intérêts (ou ce qu’ils pensent être leurs intérêt). Exemple : dans la guerre entre les « méchants » Tolmèques » et les « gentils » Pejite, les Mejite cherchet avant tout à récupérer le Dieu guerrier, quitte à détruire la Vallée du Vent, et la Princesse Tolmèque n’est pas assoiffée de sang et, à la fin, elle semble prêt à enfin écouter la voix de la raison. Toutes ces guerres sont motivées d’une part par la soif de pouvoir et d’autre part par la nécessité supposée de lutter contre l’extension de la Forêt toxique.

Myasaki ne néglige pas la méchanceté des hommes, mais cette méchanceté est surtout composée de bêtise, d’ignorance et d’avidité. Ses héros ne cherchent pas à détruire ses ennemis (qui ne sont jamais diabolisés ou méprisés) mais à les convaincre de l’inutilité de leurs guerres dans leur propre intérêt. Même les Oomus, ces énormes insectes qui défendent la Forêt toxique, n’ont aucune volonté destructrice : ils sont juste guidés par leur instinct et leur colère quand on les agresse.

Cette sagesse, cette conception du mal – à l’opposé de tout manichéisme – se rapproche beaucoup de la philosophie de Spinoza (pas seulement, sûrement, mais bon). Chez Sînoza, il y a une dialectique entre la Nature – qui forme un grand tout – et l’ensemble des organismes qui la composent. Chaque individu cherche avant tout son intérêt –ou ce qu’il pense être son intérêt.

Tout tient dans ce décalage : l’intérêt véritable de chaque individu est de vivre en harmonie avec les autres individus (c’est-à-dire avec la nature en général) mais la plupart du temps les passions les aveugles et ils agissent en fonction de leur soif de pouvoir ou d’argent ou de vengeance sans voir que ces passions finiront par les détruire eux-mêmes. En croyant lutter contre la Forêt toxique au lieu de la comprendre, les Tolmèques ne feront que provoquer sa colère qui se retournera contre eux. A l’inverse, c’est par la connaissance (Nausicaâ étudie les plantes toxiques) et par le respect de l’autre (l’attachement viscéral de Nausicaa à respecter chaque vie) qu’une paix véritable pourra être atteinte. Le Mal n’existe pas, il n’y a que des individus (ou des groupes, ou des organismes) qui agissent en fonction de ce qu’ils pensent être leur intérêt.

La nature chez Myasaki est donc vivante. De cette vie découle ce caractère ambivalent : tantôt effrayante et dangereuse, tantôt – selon le regard, selon l’attitude – attendrissante et protectrice. C’est de cette vie que découle aussi le « panthéisme » de Myasaki (qui est avant tout, je suppose, un panthéisme japonais) à rapprocher du « panthéisme philosophique » de Spinoza qui certes ne croyait pas en l’existence des démons et des Totorros mais concevait la Nature comme un ensemble vivant dont chaque partie se développe et vit en fonction de sa propre nature. Les créatures surnaturelles peuvent être lues commes des projections de cette énergie vitale.

Bien sûr, on a la même chose chez nous mais nos elfes, gnomes et autres trolles sont morts depuis longtemps et sont devenus complètement artificiels en comparaison de la mythologie japonaise. Le Seigneur des Anneaux a beau être énorme, encyclopédique, totalisant et très diversifié dans sa forme, la pensée de base reste basique, binaire, manichéenne. Celle des épopées de Myasaki (pour nous restreindre à ce qui peut être comparé à l’heroic fantasy), axée sur trois pôles (la nature / les hommes / le héros qui cherche à rétablir le lien entre les deux premiers) est fondée sur une vision à mon avis beaucoup plus fine et intelligente du monde qui nous entoure.

On dit souvent que l’Heroic Fantasy est un art d’évasion mais qui offre aux hommes de grands schémas d’explications de la place de l’homme dans le monde et la nature.  Pour cette raison aussi, les fables écologiques de Myasaki ont très intéressante. (D’ailleurs, je rêve d’une adaptation du Seigneur des Anneaux par Myasaki)

8月25日

Ce qui est dit n'est plus à dire ( Brokeback Mountain)

Je suis tombé un peu par hasard sur ce texte qui a le mérite de dire clairement et rapidement les principales raisons pour lesuqelles Broquebaquemountaine n'est pas un bon film...
 
 
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